« L’Amerique latine n’est pas  le continent le plus pauvre, mais peut-etre bien le plus injuste»

Selon la Banque mondiale, 44% de la population du sous-continent vit dans la pauvreté. Le nombre de Latino-américains vivant dans l’extrême pauvreté,

c’est-à-dire, avec moins de deux dollars par jour, est passé de 99 millions en 1981 à 128 millions en 2001. Les taux de pauvreté augmentent depuis plus de trois décennies et plus de 50 % des pays de la région éprouveront des difficultés à atteindre le premier OMD d’ici la date prévue.2

L’Amérique latine se caractérise par de fortes asymétries de développement : elle est le continent ou les inégalités sont les plus marquées au monde. Pour l’Amérique latine, le coefficient Gini (0 = égalité parfaite), s’établit à 51,7%, contre une moyenne mondiale de 40. Alors que les 10% les plus pauvres doivent se contenter de 1,6%, les dix pour cent les plus riches absorbent 48% du revenu de la région !3Il est également important de noter que l’inégalité n’est pas seulement celle des revenus mais aussi

celles des terres. Au Venezuela, avant le début de la réforme agraire en 2002, 5% de la population possédaient 80% des terres privées.4 De plus, ces inégalités sont perceptibles à plusieurs niveaux : entre pays, à l’intérieur des pays et à l’intérieur des grandes villes. Le phénomène de concentration, et par conséquent aussi d’exclusion, se reproduit à chaque niveau : les activités économiques les plus performantes se concentrent dans certains pays, dans certaines régions d’un même pays et dans

certaines zones d’une même agglomération.

Une inégalité de longue date

Alors que l’on constate que les inégalités sont plus grandes dans le monde qu’il y a dix ans, notamment grâce à la mondialisation et aux politiques néolibérales qui ont réussi à renforcer partout les inégalités économiques, sociales et spatiales, les inégalités en Amérique latine existent depuis l’ère de la colonisation. En effet, les clivages ethnicoculturels très importants que l’on constate à travers toute l’Amérique latine est l’héritage d’une colonisation qui a durée plus de 300 ans. Ainsi, pauvreté et inégalité sont souvent liées à l’ethnicité. Les groupes indigènes étaient exploités par les

colonisateurs, la plupart du temps relégués au statut d’esclave. Aujourd’hui, les groupes indigènes continuent à appartenir aux classes sociales les plus

pauvres. En Equateur, 57% des enfants indigènes âgés de 15 à 18 ans fréquentent une école contre 73% des enfants non indigènes. En 2002, en Bolivie, 31%

des enfants indigènes de 9 à 11 ans étaient au travail, contre 8% des enfants non indigènes. Au Brésil, ce sont les enfants des esclaves importés de l’Afrique

qui peuplent les favelas. Ces tendances sont en train de changer progressivement. Ainsi, nous assistons ces dernières années au « réveil indien » en Equateur et en Bolivie qui a débouché, entre autres, à la reconnaissance constitutionnelle du caractère pluriculturel du pays. 5

Inégale entre pays

La région se caractérise par de très forts écarts de niveau de vie. Ces écarts sont perceptibles à plusieurs niveaux : C’est ainsi que les taux de revenus peuvent

varier de manière importante d’un pays à l’autre. Les disparités sont frappantes : selon le dernier rapport du PNUD, le Mexique se classe en premier rang des pays latino avec 10 751 dollars, la Bolivie en touche 2 819 et Haïti 1 663. De manière très générale, les

zones de pauvreté se situent principalement en Amérique centrale et dans la région andine.

Inégale au sein des pays mêmes

Au sein même des pays latino, on retrouve de grandes inégalités. Ainsi, malgré le doublement du PIB au Mexique en 10 ans, économie dynamisée par l’ALENA, le niveau de pauvreté n’a pas baissé particulièrement. Les richesses restent concentrées le long de la frontière avec les USA. En 2003, dans la capitale du pays, le revenu par habitant est de 22 000 dollars, soit du niveau de la Grève ou du Portugal. Or,

le revenu par habitant au Chiapas est 6 fois moins élevé, c’est-à-dire de 3 360 dollars.

Le Brésil est un autre cas de figure type : le PIB par habitant des Etats les plus pauvres représente un5 dixième de celui des Etats les plus riches. Ainsi, « le triangle Sao Paulo Belo Horizonte-Brasilia est comparé à une Belgique enclavée au milieu de l’Inde »6. Au niveau national, 10% des plus riches concentrent 46% du revenu total des ménages et ce pourcentage ne cesse de croître…

Inégale au sein des villes

En Amérique latine, on a observé ces vingt dernières années une croissance spectaculaire de la pauvreté urbaine. Sur un total de 221 millions de pauvres, 66%

vivraient en ville7. Ces chiffres montrent clairement que l’on assiste bel et bien à un processus d’urbanisation de la pauvreté. Le phénomène d’exclusion et d’inégalité est

particulièrement grave dans les villes latinoaméricaines. Ce phénomène, aggravé par le phénomène de mondialisation et des politiques néolibérales, ont fortement accentué les contrastes entre les groupes sociaux urbains. Alors que certains vivent dans des enclaves où dominent richesse et opulence, de vastes couches populaires sont obligées de vivre dans des logements de fortune sans le moindre accès à des services publics de qualité. Plus que jamais, les villes en Amérique latine sont le miroir d’un continent balafré par une forte fragmentation sociale. Les villes latino-américaines, selon le niveau et le degré de développement du pays en question, se sont toujours caractérisées par d’excellentes conditions de vie pour les classes sociales à hauts revenus, des niveaux de confort acceptables pour les classes moyennes et des situations de précarité et de misère pour un majorité issue principalement des couches

populaires. Mais, même si l’on peut dire que les inégalités sociales ont toujours été des éléments constitutifs des sociétés et des villes latinoaméricaines, reste que ces inégalités se sont renforcées et ont pris de nouvelles formes au cours des dernières décennies. Plus que jamais, l’espace urbain reflète la polarisation sociale qui existe dans ces sociétés, et celle-ci contribue en retour à engendrer un contexte propice au développement de l’insécurité et de la délinquance qui atteignent aujourd’hui des sommets. Les conditions sont propices à l’augmentation de la violence et de l’insécurité.

Exclusion sociale et marginalité

Urbaine

La notion d’exclusion sociale a été reprise récemment par la sociologie urbaine française pour ensuite être intégrée aux politiques sociales de l’Union européenne dans le but affiché d’améliorer la cohésion sociale en Europe. Actuellement, la notion

d’exclusion renvoie surtout au chômage de longue durée, au manque de stabilité, à la flexibilité et à la dégradation des conditions de travail en ville, à la carence et aux déficits d’accès au logement, à l’apparition de nouvelles formes de pauvreté chez les

immigrés, les femmes et les jeunes, et, enfin, plus généralement, aux processus qui caractérisent la crise de l’État providence et des systèmes de sécurité sociale (Rosanvallon, 1995).

Les dimensions ou les domaines qui exigent une opérationnalisation du concept d’exclusion sociale sont entre autres : les difficultés d’accès à l’emploi, au crédit, aux services sociaux, à la justice ou à l’éducation ; l’isolement, la ségrégation territoriale,

les carences ou la mauvaise qualité des logements et des services publics dans les quartiers populaires ; la discrimination que subissent les femmes au travail et

en dehors ; les discriminations politiques, institutionnelles ou ethnico-linguistiques que

rencontrent certains groupes sociaux. Autrement dit, la notion d’exclusion sociale est liée aux processus et aux pratiques de sociétés complexes ; et plus largement, elle renvoie aux « facteurs de risque social » auxquels sont confrontés certains groupes (immigrés, paysans, femmes, indigènes, handicapés) dans un contexte caractérisé

par l’affaiblissement des ciments de la société salariale et des régimes de sécurité sociale. De plus en plus, cette situation touche également l’ensemble des travailleurs au-delà de ces groupes particuliers d’exclus (Castell, 1995). L’apport principal de cette perspective est de montrer qu’il s’agit là d’un phénomène inséparable du « politique » : « l’exclusion sociale ne peut se présenter comme une fatalité dans le destin d’une société, puisqu’elle peut être appréhendée à partir des valeurs, de l’action collective, de la pratique institutionnelle et des politiques publiques ». Et d’insister sur le fait qu’à côté d’une précarisation croissante dans le domaine social et du travail, on assiste à l’affaiblissement croissant des administrations publiques, qui ne sont plus en mesure

d’apporter des réponses appropriées à des demandes toujours plus hétérogènes et fragmentées. Celles-ci ne peuvent être satisfaites que par des formes de gestion

qui répondent avec flexibilité à la problématique envisagée.

Nadine

3Managua, Nicaragua. Photos by cromacom / flickr (cc)

Ricardo Lagos, ex-président du Chili, prédécesseur de Michelle Bachelet
Latin America and the Caribbean, PNUD, 2004
A Gauche-l’Amérique latine ?, Jean-Paul MARTHOZ, GRIP, 2007
“Clash of Hope and Fear as Venezuela seizes land”, Simon ROMERO, the New York Times, 17 Mai 2007.
6«Atlas de l’Amérique latine », Olivier Dabène, Autrement, 2006
Cepal (2004),
Filed under: Queesch Nr. 19,Social — Queesch - January 1, 2009 12:06 pm

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