Petite réflexion sur les élections législatives en divers pays d’Europe
Le débat actuel que pose à sa manière le politique, et par là-même la gestion de la cité, est à l’image de nos comptemporaines préoccupations. Ainsi écartelé entre une aspiration à se suffire à soi-même (en un contentement quintessentiellement individualiste[1]) et la nécessité de reconnaître au communautaire une dimension constitutive et pérenne des processus identitaires, l’individu d’aujourd’hui se retrouve tiraillé par des forces fondamentalement antagonistes délitant les repères dits d’antant. Confronté tout à la fois à une conception hédoniste d’un individualisme principalement possessif et à l’impératif d’un intérêt général sinon d’un bien commun dont la question écologique incarne à elle seule la problématique la plus médiatique, tout un chacun est placé face au choix d’une société concurrentielle se déclarant fidèle au principe de solidarité tout en glorifiant cette notion absconse qu’est le mérite. Si le discours offciel est de louanger tout qui porte et développe la cohésion sociale, force est de constater que la tendance offcicieuse, c’est-à-dire la dynamique sociétale, se meut en une direction contraire.
Si le politique n’est pas tout, il n’est toutefois pas rien. Et si l’Etat-providence est derrière nous, cela n’excuse en rien sa volonté de s’extirper de la société pour en devenir le commentateur passif et se contenter d’incarner un bien pâle gestionnaire des risques[2]. Les hommes politiques qui se dénomment eux-mêmes d’actions sont plus souvent ceux-là même qui surfent sur l’émotion, ce point aveugle du champ politique qui leur permet d’agiter en tous sens cette opinion publique dont nous gavent les sondages et qui s’apparante plus souvent qu’à sont tour à une étude de part de marché à conquérie sur le mode de la séduction plus que de la cohérence.
L’encouragement à encore plus de libéralisme, à retrouver le sens des valeurs et plus encore celui du travail laisse accroire que tout est possible…..à condition de le vouloir et en omettant de préciser qu’il faudra courber l’échine pour la plupart d’entre nous.
Ce changement, tant de fois annoncé et dont on ignore précisément le sens à lui attribuer, puisque le changement est par essence inhérent à toute société et ne requiert donc pas l’intervention du politique pour s’exécuter, néglige les contraintes qu’un siècle de constitutions diverses ont contribuées à bâtir au profit d’une illusoire omnipotence. Fi donc de cette foi collective en une vision sociétale où le changement est perçue comme étant intrinsèquement liée à l’idée de progrès.
La Communication joue en ce sujet son rôle à plein, recadrant ici et là par quelques formules aux allures de slogan publicitaire les régressions sociales comme des incontournables de la mondialisation et de la crise (perdurant d’ailleurs étrangement dans la réthorique des partis politiques, en Europe occidentale du moins) qu’elle soulève en divers endroits sur le vieux continent.
Reste l’individu, cette unité à séduire l’espace de quelques semaines et que l’on pourra négliger plusieurs mois durant, les élections clôturées. Cet individu étant le coeur, la cible à toucher. L’introduction (si légitime soit cette question) du pouvoir d’achat comme thématique politique en est le paragon.
Ce n’est pas en additonnant des voix que l’on constituent un projet de société, mais bien en les faisant résonner au travers d’un projet politique, et donc d’une commune humanité, qu’une dynamique durable pourra voir le jour et nous éclairer d’une vision à long terme où chacun puisse trouver place sans devant nécessairement nuire ou craindre l’autre.
[1]Et plus particulièrement en un individualisme possessif et donc matérialiste pour reprendre MacPherson C.B.(1971). Théorie politique de l’individualisme possessif, Paris, Gallimard.
[2]C’est là une thèse développée dans l’ouvrage de Beck U., La Société du risque. Sur la voie d’une autre modernité, Paris, Flammarion, 2001.