En Suisse romande, « En 4 ans on prend racine » est un mouvement de résistance à la politique de renvois des personnes kosovares alors réfugiées en Suisse. C’est l’histoire d’une utopie en voie de réalisation, une rencontre interculturelle, un mouvement de résistance face à l’absurdité administrative et une contre-offensive au racisme d’Etat. Ces hommes et femmes avaient fui la guerre en Yougoslavie – pris entre les feux de la campagne de “nettoyage ethnique” de Milosevic et l’intervention armée de l’OTAN. Le mouvement naît au moment ou les autorités Suisses décident les renvois forcés qui commence officiellement le 31 mai 2000 et qui concerne environ 25’000 personnes dont 3’000 dans le canton de Vaud. Certaines sont en Suisse depuis quatre à quatorze ans, y ont reconstruit leur vie et pour elles, un retour n’est pas envisageable. Elles ont alors décidé de se battre, et c’est ainsi qu’est né le mouvement “En quatre ans on prend racine”, qui concerne 170 personnes.
Lorsque les plans de vol commencent à pleuvoir et que les menaces de mise sous mesure de contrainte se précisent1, le mouvement décide d’occuper un lieu symbolique de refuge pour les KosovarEs directement menacéEs par un plan de vol. Le souvenir du mouvement des sans-papiers français qui ont occupé l’église de St-Bernard en France en 1996 est encore très présent dans les têtes et aide à se dire que c’est possible!
Si l’opinion publique a pu être touchée, le Conseil d’Etat n’en resta pas moins ferme. Par des actions spectaculaires comme l’occupation du bureau du gouvernement, le mouvement a finalement pu être entendu et a pu entrer dans un simple processus de discussion. Un groupe de travail a été constitué avec une délégation de l’Etat et du mouvement, qui se rencontrent régulièrement. Alors que le mouvement aura permis d’éviter le renvoi de quasiment tous ses membres, il continue sa lutte pour la régularisation de ces 170 membres, et organise une fois par semaine un piquet de soutien. Ce refuge a suscité une large prise de conscience et a posé le débat sur la place publique comme jamais auparavant, en montrant la population kosovare sous un jour beaucoup plus positif que les clichés racistes. Il a suscité de nombreuses discussions et prises de position, il a rencontré une grande sympathie dans la presse, il a permis à de nombreuses personnes de rencontrer directement les KosovarEs du mouvement et de manifester leur soutien. L’exemple de cette occupation a également donné des idées, ouvert des possibles et montré que des occupations d’églises sont envisageables en Suisse. Cela a encouragé l’ouverture d’autres refuges qui ont éclos un peu partout en Suisse par la suite, donnant naissance à un large mouvement de sans-papiers qui ont ainsi fait leur coming-out public et a occupé une grande partie de l’agenda politique et médiatique de l’année 2001. Cette histoire n’est pas finie et la suite reste encore à écrire…
Plus d’informations, ainsi que des tracts et des liens intéressants se trouvent sur le site web du collectif « En 4 ans on prend racine » : http://www.refuge-kosovo.ch
1 arrestation policière et incarcération pour assurer l’expulsion du territoire helvétique et éviter que le ou la déboutéE de l’asile ne se présente pas à l’aéroport et entre en clandestinité
